Du fascisme-simulacre au totalitarisme numérique : l'analyse d'Asma Mhalla sur l'Amérique de Trump

Dans un entretien accordé à Usbek & Rica, la géopolitologue Asma Mhalla présente les thèses centrales de son nouvel essai "Cyberpunk, le nouveau système totalitaire" (Seuil, septembre 2025). Son diagnostic est sans appel : la dystopie cyberpunk a quitté la fiction pour s'ancrer dans notre réalité quotidienne.
Au cœur de son analyse, l'alliance stratégique entre Donald Trump et les "tech bros" de la Silicon Valley : Elon Musk, Peter Thiel, Sam Altman, Mark Zuckerberg. Cette coalition a engendré ce qu'elle nomme le "Diléviathan", référence au Léviathan de Hobbes : une créature bicéphale alliant Big State et Big Tech qui redéfinit les contours du pouvoir politique américain.
Mhalla distingue le "fascisme-simulacre" trumpiste du fascisme historique. Reprenant le concept de simulacre de Baudrillard, elle compare Trump à Disneyland : "Il mime les codes, la posture autoritaire et la rhétorique clivante du fascisme, mais dans un système où tout est déjà devenu image, flux et saturation." Ce simulacre masque une réalité plus inquiétante : l'émergence d'un "totalitarisme cognitif" orchestré par les géants technologiques.
Contrairement au fascisme traditionnel qui s'attaque aux institutions, ce nouveau totalitarisme colonise l'intime. Les infrastructures numériques (cloud, IA, biotechnologies) opèrent sur nos désirs, nos routines, nos corps. "Ces acteurs ne se contentent pas d'imaginer un futur : ils le programment", souligne la chercheuse, pointant un projet civilisationnel d'ampleur inédite.
La géopolitologue théorise également la "fluxcratie", forme de gouvernance où la délibération démocratique cède place à la polarisation fabriquée et au commentaire permanent. Ce régime d'hypervitesse empêche la réflexion de long terme et paralyse la résistance.
Face à cette configuration, l'Europe se trouve confrontée à un choix existentiel entre vassalisation et émancipation. La dépendance aux infrastructures numériques américaines, illustrée par l'incident Microsoft-CPI, révèle l'ampleur des enjeux de souveraineté technologique.
Mhalla n'adopte pas pour autant une posture défaitiste. Elle appelle à la reconquête du réel par la limitation de l'exposition aux flux informationnels, le réinvestissement des espaces physiques et la préservation de l'intimité face à la numérisation totale ou si je traduis en version satirique : Pendant que nous suivrons ses précieux conseils, les algorithmes continueront de tourner et les profits de s'accumuler. Mais au moins, nous aurons bonne conscience. Et c'est bien là l'essentiel, n'est-ce pas ?
Bonne lecture !






