Google gagne, la démocratie perd : bienvenue dans l'Amérique corporate

Image de Mike Licht via Flickr - Creative Commons license
Naïfs que nous étions de croire qu'un juge américain allait effectivement s'attaquer aux intérêts du cartel technologique le plus puissant de la planète ! Le juge fédéral Mehta vient de nous rappeler une vérité fondamentale du système : la justice, c'est comme la démocratie, ça marche surtout pour ceux qui peuvent se l'offrir.
Cette décision n'est pas un accident, c'est le fonctionnement normal d'un système où les multinationales ont depuis longtemps capturé les institutions supposées les réguler. Quand Google dépense plus en lobbying que certains pays en défense, quand ses anciens dirigeants peuplent les administrations successives, quand ses algorithmes façonnent l'opinion publique, croyait-on vraiment qu'un seul juge allait renverser la table ?
Le plus révélateur dans cette mascarade reste l'argument du juge fédéral concernant Apple : priver la firme de Cupertino des 20 milliards annuels de Google pourrait "nuire à sa capacité d'innovation". Traduction : il faut protéger les profits des monopoleurs pour préserver l'écosystème capitaliste. C'est beau comme de la littérature néolibérale !
Pendant ce temps, les véritables victimes (journalistes, créateurs de contenu, petits éditeurs) peuvent aller se rhabiller. Leurs revenus s'effondrent à cause de Google AI Overview ? Tant pis, ils n'avaient qu'à naître multinationales. Leur travail sert à entraîner les IA de Google sans compensation ? C'est le prix du progrès, voyons ! Leur survie économique dépend d'un monopole qui les écrase ? Qu'ils innovent donc !
Cette affaire révèle la sophistication de la capture réglementaire moderne. Plus besoin de corruption grossière : il suffit de créer un écosystème intellectuel où "casser" un monopole paraît "dangereux pour l'innovation". Où maintenir le statu quo devient "prudent". Où laisser les géants écraser la concurrence s'appelle "réguler avec mesure".
Brian Merchant du média "Blood on the Machine" parle de "désastre", mais c'est en réalité un succès parfait du système. Google continue son pillage de l'économie de l'information, Wall Street jubile, les politiques peuvent prétendre avoir "agi", et nous, pauvres utilisateurs, nous contentons des miettes. Tout le monde est content... enfin, tout le monde qui compte.
La seule surprise dans cette histoire, c'est qu'il reste encore des gens assez optimistes pour s'indigner. Le cynisme, c'est peut-être juste du réalisme qui a retiré ses lunettes roses.
Bonne lecture et n'oubliez pas de mettre vos lunettes roses...
Il y a également un article en français sur Usbek & Rica qui en parle => https://usbeketrica.com/fr/article/finalement-la-justice-americaine-decide-de-ne-pas-demanteler-google-a-cause-de-l-ia





