L'uberisation du monde : quand le progrès fait marche arrière

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Ah, quel bonheur de vivre à l'époque du "progrès" ! Grâce à cette analyse de Blast, on comprend enfin pourquoi notre quotidien ressemble de plus en plus à un cauchemar kafkaïen avec des notifications push.

Nos brillants entrepreneurs 2.0 ont eu une idée de génie : pourquoi s'embêter avec des usines, des employés et toutes ces contraintes d'un autre âge quand on peut créer une app ? Le principe est révolutionnaire dans sa simplicité : on met en relation des gens qui ont besoin de services avec des gens désespérés prêts à les fournir, et on prend une petite commission au passage. Enfin, "petite"... disons qu'elle grandit avec le temps, comme un cancer mais en plus rentable.

Benjamin Patinaud et le Fils de Pub nous expliquent comment ces plateformes suivent toutes le même schéma digne d'un manuel de manipulation :

  • phase 1, séduction ("Venez, c'est gratuit et magique !"),

  • phase 2, addiction ("Bon, vous ne pouvez plus vous en passer maintenant"),

  • phase 3, exploitation ("Surprise ! Maintenant vous payez et c'est nul !").

Le vocabulaire lui-même trahit cette imposture : on ne "travaille" plus, on "entreprend". On n'a plus de "patrons", on est "son propre patron". On ne "subit" plus l'économie, on la "disrupte"... c'est à dire qu'on casse tout ce qui fonctionnait à peu près pour le remplacer par quelque chose de pire mais avec une interface colorée.

Le plus savoureux ? Ces plateformes finissent toujours par devenir de la merde (merdification/enshittification selon le terme technique). Parce qu'une fois qu'elles nous tiennent, pourquoi faire des efforts ? Netflix qui augmente ses prix tout en supprimant le partage de compte, Uber qui ponctionner toujours plus ses chauffeurs... C'est le capitalisme à l'état pur, mais en version startup nation avec des slogans motivants et des bureaux avec des toboggans.

Bref, on vit dans un monde où l'innovation consiste à redécouvrir l'exploitation du XIXe siècle avec une app bien léchée. Nos arrière-grands-parents se battaient contre les canuts, nous, on clique "J'accepte les conditions générales" en espérant avoir un Uber dans moins de 10 minutes.

Bravo les génies ! Vous avez réussi à nous vendre la précarité comme de la liberté et l'exploitation comme de l'innovation. Chapeau bas, vraiment.


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