Critique du livre "Moi, Omega"
Dieu.com

Ma femme m'a offert ce livre il y a quelque temps déjà et, voyant que je ne l'avais toujours pas lu (victime d'une pile à lire qui ne désenfle jamais) elle a pris les devants en le lisant à ma place. Et ainsi, elle m'a donné envie de le lire à mon tour, chose que j'ai faite sur la fin de l'année 2025.
Le début m'a accroché. L'idée de départ est ambitieuse, le cadre intellectuel original, et on sent d'emblée qu'on n'est pas face à un roman ordinaire. Mais vers la moitié, quelque chose s'est effrité. Le souffle du début s'est peu à peu dilué dans les longueurs, et j'ai terminé le livre avec un sentiment mitigé : ni déception franche, ni enthousiasme débordant. Vous trouverez ci-dessous un avis un peu plus développé.
Résumé du roman
Fruit de la puissante imagination d’un tout jeune écrivain, ce roman mêle science, mystique et philosophie à travers une vertigineuse épopée.
Tout commence au début des années 2000 à Harvard. Un étudiant, Ian Ginsberg, découvre la philosophie de Teilhard de Chardin et son message prophétique : l’ultime incarnation de Dieu se produira au terme de notre
Évolution technologique. Christ-Omega reviendra et son règne sera sans mesure, illimité dans l’espace et dans le temps…
À la lecture de cette prophétie, et pour construire le règne de Dieu sur Terre, le jeune Ian Ginsberg se convainc d’une chose : Omega, ce sera lui ! Certes, il n’a que 18 ans : la technologie n’en est qu’à ses balbutiements.
Mais qu’en sera-t-il en 2020, 2030 voire en 2064, année de ses 80 ans ?
Ian Ginsberg est-il fou ? Assurément. À moins que l’Évolution ne vienne à lui donner raison
Informations du livre

Moi, Omega
De Erwan Barillot
Paru le 15/09/2022
Pages : 480
EAN : 9782382922255
Mon avis
"La technique ou l'enjeu du siècle" de Jacques Ellul d'un côté, "Le Phénomène humain" de Teilhard de Chardin de l'autre. Deux penseurs chrétiens, deux visions radicalement opposées : pour l'un la technique est une menace qui colonise jusqu'à nos âmes, pour l'autre elle est le vecteur providentiel d'une convergence vers le divin. C'est précisément dans cette tension que Moi, Omega d'Erwan Barillot plante son décor et c'est là que le roman touche juste.
Il y a chez l'auteur une lucidité réelle sur ce que nous sommes en train de devenir : le pouvoir absolu ne se revendique plus en termes de domination, mais en termes de salut. L'un des personnages princpales, Ian Ginsberg, n'est pas sans rappeler ces figures bien réelles qui peuplent nos actualités : un Peter Thiel obsédé par l'immortalité, un Elon Musk colonisant l'espace au nom de la survie de l'espèce, des hommes qui ont troqué le costume du capitaine d'industrie contre celui du prophète. S'appuyer sur la prophétie teilhardienne du point Oméga : ce moment où l'évolution technologique rejoindrait le divin pour raconter l'ascension d'un magnat du numérique convaincu d'être le Christ ressuscité, c'est audacieux.
Là où le roman trouve sa vraie profondeur, c'est dans cette Pax Omega que construit Ian Ginsberg. Un monde unifié, débarrassé de la pauvreté, des conflits, des dissidences. Parfait en apparence. Et c'est précisément cette perfection qui fait froid dans le dos, car elle ressemble trait pour trait à ce que décrivait Frank Herbert dans God Emperor of Dune : une paix universelle imposée par un être omniscient, au prix de toute spontanéité humaine. Le totalitarisme le plus efficace n'est pas celui qui opprime, c'est celui dont personne ne veut s'échapper.
La mécanique se grippe ici. L'auteur sait où il veut aller, il ne sait pas vraiment comment nous y emmener. Le récit ressemble davantage à une biographie fictive qu'à un roman, et on sent derrière chaque chapitre l'essayiste de Sciences Po reprendre le dessus sur le romancier. Les digressions sur l'intelligence artificielle, les nanotechnologies ou le métavers s'accumulent jusqu'à alourdir considérablement une lecture qui aurait gagné à être plus resserrée, plus incarnée. Dave Eggers, dans Le Cercle, posait des questions très similaires sur la fusion du numérique et du contrôle social, mais avec une tension narrative que Moi, Omega ne parvient jamais vraiment à installer. L'intrigue n'existe pas à proprement parler, le suspense non plus.
Reste que la plume n'est pas encore au niveau de l'ambition. Pas l'intelligence, elle est là, indéniable, mais cette voix d'écrivain capable de transformer une bonne thèse en littérature. L'écriture reste sage, didactique, sans ce grain particulier qui fait qu'on se souvient d'une phrase longtemps après avoir refermé un livre.
Moi, Omega mérite d'être lu pour ce qu'il dit de notre rapport collectif à la technologie et au pouvoir. Moins pour la façon dont il le dit.
Bonne lecture !
