Nos rivières étaient des mondes, on les a vidées en silence...

On croit connaître les rivières. On les traverse sans y penser, on les longe parfois le dimanche. Dans cet épisode du Greenletterclub, Bill François rappelle quelque chose qu'on a collectivement enfoui : ces cours d'eau étaient, il y a encore quelques siècles, des artères de vie d'une densité qu'on peine à concevoir. Dix mille fois plus de saumons en 1500 qu'aujourd'hui. Le chiffre est tellement démesuré qu'il glisse sur nous sans vraiment accrocher.
Le plus fascinant, c'est probablement ça : nos écosystèmes tempérés doivent littéralement leur existence aux carcasses de poissons migrateurs. En Alaska, les forêts poussent encore au rythme des remontées de saumon. Ça se lit dans les cernes des arbres. Il y a quelque chose de vertigineux à réaliser qu'on habite, en quelque sorte, sur les restes de migrations dont plus personne ne se souvient.
Et puis il y a cette amnésie écologique que décrit François. Chaque génération ne mesure la perte qu'à l'échelle de sa propre mémoire. On s'inquiète du déclin récent sans soupçonner que ce qu'on prenait pour un état normal était déjà un monde appauvri. Des marsouins dans la Seine, des esturgeons de 150 kg dans la Gironde, des anguilles si nombreuses que l'eau en changeait de consistance. Tout ça nous semble relever du conte. C'était pourtant la réalité d'il y a trois ou quatre cents ans.
Pour ma part, je prévois un article sur un témoignage très personnel que j'ai pu observé avec mes yeux d'enfants de la rivière qui était à 800 mètres de chez moi.
Bonne écoute !





