Un fleuve, une rivière, des droits : l'idée qui traverse les frontières

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Dans cette émission de La Terre au carré, Camille de Toledo, écrivain, pose une question qui paraît absurde ou du moins très lointaine : et si un fleuve pouvait aller en justice ?

Pourtant elle est déjà réalité dans plusieurs pays. La rivière Whanganui en Nouvelle-Zélande, le fleuve Atrato en Colombie, la lagune espagnole de la Mar Menor ont tous obtenu une forme de personnalité juridique au cours de la dernière décennie. Camille de Toledo est venu parler de son texte, L'Internationale des rivières, une fiction spéculative qui imagine 2035 et une rivière qui obtient enfin le statut de sujet de droit.

L'idée n'est pas si nouvelle, d'ailleurs. Un professeur américain, Christopher Stone, la formulait déjà en 1972 avec un article au titre provocateur : "Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ?" Il a fallu cinquante ans, à peu près, pour que ça commence à prendre corps quelque part. L'écrivain parle de "pollinisation du droit", cette façon qu'ont les idées de voyager de juridiction en juridiction avant de se déposer là où le terrain est prêt.

Le droit de l'environnement tel qu'on le connaît reste fondamentalement écopaternaliste : c'est toujours l'humain qui décide, qui compense, qui répare. Donner une personnalité juridique à une rivière, c'est sortir la nature du registre des objets pour l'installer dans celui des sujets. L'auteur pousse l'idée encore plus loin : si la nature produit de la valeur, elle devrait pouvoir être rémunérée, financer elle-même sa propre régénération.

Utopie ? Peut-être. Mais le capitalisme lui-même repose sur une fiction juridique, celle de la personnalité morale des entreprises...

Bonne écoute !


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