Quand la liberté numérique mène droit vers l'autocratie totale

Cet article date de 2021, il a donc plus de quatre ans maintenant. Pourtant son propos reste d'une actualité troublante, peut-être même plus qu'à l'époque de sa publication. Nous continuons d'adopter volontairement ces systèmes de surveillance totale, souvent avec un enthousiasme qui surprend. Des réactions citoyennes émergent ici et là, c'est vrai, mais elles demeurent trop dispersées et trop timides pour renverser cette dynamique qui s'accélère.
Ce qui me frappe particulièrement dans l'analyse de Steven T. Bramble, c'est sa réflexion sur l'innovation. On nous la présente sans cesse comme la réponse à tous nos problèmes ou comme un moyen élégant de les contourner. Sauf que le XXIe siècle nous montre autre chose. L'innovation ne naît pas aux marges du pouvoir dans une sorte d'élan spontané et libertaire. Elle se développe au contraire sous l'influence directe des structures d'autorité, parfois même sous leur supervision explicite. L'innovation reste avant tout un instrument de la concurrence économique et géopolitique. Pour le citoyen ordinaire qui ne maîtrise pas vraiment ces dynamiques de pouvoir, elle doit être commercialisée comme n'importe quelle idéologie avec ses promesses séduisantes d'un avenir meilleur, d'une compréhension approfondie du monde, d'une réalité alternative et de ce sentiment si recherché d'appartenance à quelque chose de plus grand.
Voici un résumé mais prenez le temps de le lire au complet car le texte est très riche et subtil :
Dans cet essai publié par FORTHE, le romancier Steven T. Bramble analyse comment Internet, né d'un projet militaire américain dans les années 1960, est devenu un outil de surveillance totale. L'auteur déconstruit le mythe du techno-utopisme vendu par la Silicon Valley et montre que les réseaux sociaux, loin de libérer les citoyens, ont facilité le contrôle des mouvements de contestation comme le Printemps arabe ou Occupy Wall Street.
Il soutient que la liberté numérique absolue conduit paradoxalement vers l'autocratie absolue. Les appareils que nous achetons volontiers nous surveillent en permanence tandis que nos données deviennent propriété des gouvernements et des entreprises. La cyberguerre transforme la société civile en champ de bataille potentiel et les anciennes garanties démocratiques s'effritent au profit de simples privilèges numériques conditionnels. Face à ce constat, l'auteur appelle à repenser radicalement notre rapport à la technologie et propose une forme de néo-luddisme moderne, où le scepticisme ne serait pas synonyme de régression mais d'émancipation véritable.
Bonne lecture !





